DEPECHE MODE - MUSIC FOR THE MASSES

01 - Never Let Me Down Again. 02 - The Things You Said. 03 - Strangelove. 04 - Sacred. 05 - Little 15. 06 - Behind The Wheel. 07 - I Want You Now. 08 - To Have And To Hold. 09 - Nothing. 10 - Pimpf. 11 - Agent Orange. 12 - Never Let Me Down Again (aggro mix). 13 - To Have And To Hold (spanish taster). 14 - Pleasure Little Treasure.

Quand je pense à Music For The Masses, l’hiver 87-88 me revient immédiatement en mémoire. Il faisait froid, il neigeait, c'était moche dehors et ça allait parfaitement avec cet album divin. Il faut une ambiance pour certains disques. Celui-ci, impossible de l'écouter par une belle journée d'été. Ça ne collerait pas.


Quasiment tout est parfait dans ce disque. Never Let Me Down Again, probablement le titre le plus grandiose de DM, ouvre le bal et s'enchaîne avec The Things You Said aux paroles amères. Dix minutes de bonheur noir assurées.
Le clip de Never Let Me Down Again me marqua au fer rouge par son esthétique et sa puissance. Je priais presque chaque soir devant le Top 50 pour le voir, même amputé de plus de la moitié comme d'habitude avec ce genre d'émission, mais Marc "salut les p'tits clous" Toesca préférait largement passer ses chouchous, et comme il détestait les Mode...

Les pisse-vinaigre diront que Behind The Wheel est un peu faible musicalement parlant, misant tout sur la rythmique et Strangelove facile, dans la même veine que A Question Of Time du précédent album. Il faut les voir comme des tubes, conçus comme tels, immédiatement accessibles et donc, pas très fins. Ils se révéleront meilleurs en live, comme tous les titres dansants.

Comme pour Black Celebration, la K7 et le Cd de Music For The Masses contenaient quelques titres supplémentaires, des faces B ou des remix. Agent Orange, un instrumental martial, Never Let Me Down Again (Aggro Mix) avec ses lames de fond de synthés vous déferlant sur la tête dès le début. To Have And To Hold (spanish taster) se révèle une excellente surprise pour un remix, larguant le côté catastrophe pour une sorte de flamenco glacé.

Album immense, noir et extrêmement mélodique, Music For The Masses, titre à prendre au 2e degré car, comme disait Martin Gore: "Qui appellerait sérieusement un album comme ça, à part George Michael?!", est l'un des piliers de l'œuvre du groupe, mais le meilleur était encore à venir...

30 ÉLÈVES QUE L’ON A TOUS CROISÉS…

Stéphanie, la fille toujours malade, au teint blanc navet, maigre, faible, qui a déjà vomi plusieurs fois en classe et est régulièrement absente. Elle disparaît généralement en milieu d’année, ce qui laisse craindre le pire, mais réapparaît à la rentrée suivante, toujours dans le même état.

Daniel, le p'tit blond obsédé sexuel, toujours à la recherche d’une revue de fesses quelconque pour satisfaire son vice solitaire. Avoue sans complexe s’être déjà tripoté sur un Télé 7 Jours avec les Coco Girls en couverture...

Sabine, la pauvre gamine cassos dont on ne voit que les vêtements troués et les cheveux sales en bataille et que tout le monde harcèle quotidiennement en l’appelant « la pouilleuse ».

Cyril, le type de 15 ans en 5e, ce qui veut dire qu’il a pas mal redoublé en primaire et ça n’étonne personne puisqu’il dit « patalon ».

Sophie, la fille avec des cases en moins. Ça se voit à ses yeux qu'elle est dingue et elle le confirme un jour en disjonctant en plein cours, hurlant que « le monde est mauvais », jetant ses cahiers en l’air avant de se mettre à chialer.

Antoine, le fayot de la classe dont papa et maman, anciens fayots eux-mêmes, sont parents d’élèves et de toutes les réunions pour parader et s'exhiber eux et leur gamin-trophée. Ils invitent souvent à dîner à la maison quelques profs.

Nathalie, qui fait déjà un bonnet E à 13 ans et que tous les mecs reluquent comme une gourmandise, élèves ET profs !

Ali, qui porte le même survêtement gris « TRAINING » toute l’année.

Aude, le souffre-douleur officiel de la classe que tout le monde tabasse pour s’amuser vu qu’elle ne bronche jamais. Elle semble même les aimer ses baffes. D'ailleurs, quand elle est seule, elle s’en met elle-même…

Edmond, l’illuminé dont les parents sont membres d’une secte quelconque et qui essaye de convertir quelques âmes perdues à la récré en les invitant chez lui pour lire la Bible…

Cécile, la paumée anti-raciste et sa dizaine de badges « touche pas à mon pote » épinglés sur son blouson, mais qui, en boum, refuse de danser avec un arabe ou un noir.

Franck, le mec 100% gay, qui est traité comme tel mais qui s'offusque et nie avec véhémence une quelconque déviance. Et quand on le revoit 30 ans après, il vous annonce qu’il vit avec un homme.

Farida, qui se prend pour la cheftaine de la classe parce qu’elle est déléguée. Profitant de son statut, elle donne sèchement des ordres à tout le monde et menace de représailles au conseil de classe celui ou celle qui ne lui obéira pas. Elle devient tellement insupportable qu’elle finit toujours par tomber malencontreusement dans l’escalier…

Yann, le rebelle qui veut faire croire qu’il vient d’un milieu difficile et pourri alors qu’il part au ski chaque hiver et en revient tout bronzé...


Karine, la belle de la classe et qui le sait. Forçant sur le maquillage et les fringues aguichantes, elle minaude et sait tout obtenir de son fan club masculin.

Laurent, le beau mec de la classe. Toutes les filles et les gays sont amoureux de lui en secret. Il se pavane et jettera logiquement son dévolu sur Karine pour une idylle romantique de 12 heures…

Isabelle, la meilleure copine de Karine, et qui est d’une laideur affolante. Elle sert essentiellement de confidente et surtout de messagère en passant mots et autres poèmes ridicules écrits par des velus en chaleur à destination de sa si jolie amie qu'elle finira petit à petit par haïr profondément.

Youssef, le nul en tout sauf en sport où il met des buts de folie.

Julien, le comique qui fait des imitations d'imitateurs, raconte des blagues et pète en classe.

Sandrine, la matheuse qui en sait presque plus que le prof, ce qui laisse présager un brillant avenir pour elle, et qui finira petite comptable.

Jean-Pierre, le type mauvais par excellence. Il vole, ment, escroque, agresse, tabasse, dégrade et fout la merde partout où il passe. Notons que son père lui cogne dessus et que sa mère picole et n'en a rien à foutre de lui.

Yasmina, la fan ultime d’un chanteur à la mode et qui devient hystérique quand on lui dit que l'objet de son culte solitaire est pédé comme un phoque.

Cédric, le fils du directeur de l’école que tous les profs flattent bassement.

L’handicapé(e) patronymique, qui a un nom de famille tellement difficile à porter (Poux, Manchecourte, Lacouille etc.), que tout le monde rigole à chaque appel, même à la fin de l’année !

Sylvain, le type à la mode mais d’il y a 10 ans de ça vu qu’il met les fringues de son grand frère.

Christelle, l’obèse qui fait déjà 100 kgs à 14 ans. Elle passe son temps à bouffer des bonbons et boire du Coca mais clame partout que, si elle est grosse, ce n’est pas parce qu’elle mange sans arrêt mais juste qu’elle est malade. Bien évidemment, elle est exemptée de sport...

François, le ringard de la classe, avec son débardeur vert à losanges, son pantalon velours côtelé marron clair et ses baskets blanches dont les scratches sont tendues au maximum et font presque le tour de la chaussure…

Virginie, le plus beau cul de toute l’école et qui, l'été, pour l'heure de sport et le plus grand plaisir de ses camarades masculins, troque le pantalon de jogging pour le mini short…

David, le mythomane qui raconte sans arrêt des bobards : son père est directeur d’une usine, il a un compte bloqué en Suisse, il connaît personnellement une vedette américaine ou anglaise etc. Et lorsque quelqu'un lui demande d’arrêter de jouer du pipeau, il devient fou furieux car il croit lui-même à ses propres conneries !

Myriam, qui a une coupe de cheveux démodée, des fringues tricotées et ne semble pas très en phase avec son époque. Et c’est lorsque l’on voit ses parents, qui ont quasiment la soixantaine, que tout s’éclaire !

BEST LE MAGAZINE

En 1985, un ado français de 13/14 ans s’intéressant à la musique avait le choix entre trois revues : Ok !, Salut ! ou le Top 50 Magazine. Pour ma part, je lisais les trois.

Cruciverbiste comme mon père, ma mère achetait Ok ! juste pour la traditionnelle grille de mots fléchés en fin de journal, avec un sourire ou une paire d’yeux d'un artiste du moment au milieu à deviner. Le reste, elle s’en battait les steaks, ne sachant même pas qui étaient ces jeunes éphèbes et autres pots de peinture féminins qui ornaient hebdomadairement la fine couverture de papier.
Je profitais donc de sa manie de remplir des cases avec des lettres pour lire ce canard, plutôt axé gonzesses. J’aimais bien les potins en noir et blanc des premières pages, potins repiqués à des canards anglo-saxons, chose qui n’a pas changé depuis je peux vous l'assurer.
Le reste, je m’en fichais complètement, passant sur les dossiers maquillage et mode pour des raisons évidentes. Mais j’avoue avoir eu un gros faible pour le courrier du cœur (et du cul !) du docteur G. et de sa succession de losers magnifiques se posant, dans leur langage approximatif, mille et une questions sur l’amour, le sexe et surtout sur eux-mêmes !

Cher Ok, je m’appelle Virginie, j’ai 12 ans et j’aime Morten Harket. Plus tard je veux me marier avec lui et avoir des enfants, aussi avec lui. Pourriez-vous me donner son numéro de téléphone ? J'habite en province. 

Cher docteur, je me masturbe tous les jours et parfois même, plusieurs fois par jour. Je ne peux pas m’en empêcher et j’ai vraiment très peur d’épuiser ma réserve de sperme et de ne pas pouvoir avoir d’enfant plus tard. Que faire ? 

Cher docteur G, j’ai 16 ans et je n’ai toujours pas de poitrine ni mes règles, je m’inquiète beaucoup, croyez-vous que c’est normal ?
Signé : Bruno.

Sur ces trois témoignages, un seul est authentique et tiré de ma mémoire perso tant cela m’avait marqué. A vous de deviner lequel.


Salut ! me plaisait bien car il faisait la part belle aux grandes photos. Le seul problème, c’est que c’était assez franchouillard. On se mangeait plus Balavoine et Goldman que Tears For Fears ou Depeche Mode...
Le Top 50 Magazine, lui, était uniquement acheté pour son poster recto-verso. C’était important pour moi, et depuis l’enfance, que de couvrir mes murs d’affiches, même si, comme Salut !, vous aviez beaucoup plus de chance de vous retrouver avec Jean-Luc Lahaye et Julie Piétri qu’autre chose.
Pour le reste, Marc Toesca et sa clique remplissait ce pauvre hebdo à l’aide de leurs stats de ventes de disques tirées des Prisunic de France et de Navarre et de quelques news et autres interviews faites avec les pieds. Pendant des mois, Toesca parla du second album solo de Sting comme « Nothing But The Sun », alors que c’était « like the sun ». Des experts…

Tout ça n’était pas gai mais ça marchait car nous étions jeunes, donc incultes et stupides, et surtout, les prix de ces torchons étaient cheap, souvent moins de 10 balles. Ok ! et le Top 50 Magazine coûtaient même 5 francs si je me rappelle bien. Un argument imparable pour un ado fauché. Pléonasme.


J’avais très régulièrement de l’argent de poche grâce à mon père. Je n’avais même pas besoin de demander. Il venait me voir dans ma chambre le soir, on discutait et il banquait avant de repartir, sans doute pour se faire pardonner qu’il n’était pas là de la journée.
Une pièce presque brillante par-ci, un billet froissé par là, je stockais tout ce blé providentiel dans une boîte en métal Marlboro. N'ayant pas été racketté à l'école ni eu de vices à entretenir, comme les paquets de bonbons quotidiens chez le boulanger, j’étais presque riche surtout lorsque que je me compare avec mes autres potes de l’époque. Riche ici veut dire que j’avais toujours en moyenne 20 balles d’avance. C’était rien et énorme en même temps pour des gamins de nos âges. Cette relative aisance financière m'autorisait parfois à me risquer sur le bizarre.

Un après-midi de janvier 1986, seul chez ma libraire, j'étais en quête de quelque chose pouvant justifier le fait de claquer les deux pièces de dix francs que j’avais en poche. Ayant épuisé les revues Lug du mois, je voulais du neuf et, comme la musique était la seule chose qui m’intéressait à ce moment là, je cherchais un autre magazine faisant la part belle aux tafioles new wave et autres ébouriffées avec du poil sous les bras.
Et pourquoi pas ce « Best » là ? La couverture montrait Sting sur un fond rose. J’aimais bien Sting à ce moment-là, c’était avant qu’il n’associe chacun de ses disques à une cause perdue… Et puis surtout, il y avait un poster dans ce magazine, The Cure, en version maquillage fluo, comme dans le clip Inbetween Days. J’avais le 45 tours en plus. Allez, même si le mag est naze, j’aurais au moins un poster d’enfer !
J’empoignais le bouquin et m’en allais le payer à la caisse. 12 francs.


Une fois rentré, j’ai commencé à le lire. Je dois admettre que les ¾ des artistes présents dans ce numéro m’étaient totalement inconnus. La transition entre Best et le Top 50 Magazine était presque violente. D’un côté, on avait Dino Lee, Falco, Killing Joke et de l’autre François Valery, Jeanne Mas et Gold…
Ce N°210 fut le démarrage pour moi de plus de cinq années à lire Best. De la lecture mais surtout de l’apprentissage. Musicalement, c’est ce magazine qui m’a fait. L’essentiel du bagage musical que je trimbale aujourd'hui, je le leur dois. J'appris à faire la différence entre la musique, la vraie, et la variété de merde. Professionnellement, ils n’ont pas contribué à ce que je devienne journaliste, vu que c’était déjà inscrit dans mon code génétique et que je le savais depuis l'âge de 6 ans, mais ils m’ont montré la voie et ont enrichi mon style.

La new wave a toujours été présente dans Best et ça m’allait très bien. Les articles de Gérard Bar-David, Emmanuelle Debaussart, Myriam Léon ou de Catherine Chantoiseau m’ouvrirent des horizons nouveaux. Même si je n’aimais pas toujours les artistes présentés, j’écoutais quand même lorsque c’était possible. Ce sont eux qui me firent découvrir, entre autre, The Smiths, New Order ou Peter Gabriel. Tout ça, je le leur dois.
Je lisais également les élégants papiers d’Hervé Picart, spécialisé dans le hard rock, style que je n'ai jamais apprécié pourtant mais acquérant tout de même ainsi une solide culture sur ces braillards chevelus. Cela me fut très utile au lycée, liant amitié avec des hardos pur jus, enchantés de voir quelqu'un dire haut et fort que Scorpions ou Europe étaient de la daube et épatés de leur parler d’autres groupes que Metallica.

J’appréciais les photos de Jean-Yves Legras illustrant le magazine avec des séances spéciales faites juste pour Best. J’ai longuement laissé accroché à l’un de mes murs les quatre posters de Depeche Mode pour l’album Music For The Masses.
Tout n’était pas que joie et bonheur quand même. Les vieux cons façon Philippe Manœuvre étaient déjà là et squattaient la rédaction, parfois à haut niveau. Prisonniers à vie de leurs années 60/70, ils vomissaient copieusement sur le son des années 80. Mais qu’importe. Il suffisait de repérer leurs noms et de ne pas les lire.


Le virage des années 90 eut raison de mon engouement pour Best. La new wave était morte et mes chroniqueurs préférés étaient relégués sur le banc de touche pour laisser place à des baltringues branchouilles façon Inrockuptibles ne jurant que par du rap ou le son anglais de ces années là, les Suede, Stone Roses, Soup Dragons, sans parler de la house puis techno qui nous cassa les oreilles et détruisit, à mon sens, la musique mélodique et dévoya l’électronique. Je n'avais plus besoin de Best et pouvais voler de mes propres ailes.
Quelques années plus tard, ce fut mon tour de publier dans des revues spécialisées des chroniques musicales. Je suis le fils de mes lectures.

MON PARC

Il existe un jardin public dans la banlieue parisienne qui m’a vu passer de l’état de têtard à celui d’un presque ado. Un vrai jardin ! Pas un bout de pelouse plantée entre deux HLM, avec un toboggan cassé et deux arbres pelés. Non, un grand jardin de 27 000 m², avec statues, bancs, bacs à sable, fontaines etc.


Dès ma naissance, mes parents prirent l’habitude de m’y emmener le plus souvent possible, c’était juste à côté de notre ancien appartement. Un coin de verdure pour le bébé que j’étais. D’abord en landau puis en poussette. Il existe des photos pour chacune de mes chrysalides.
La fréquence des visites de ce jardin fit que j’y ai logiquement fait mes premiers pas. Aussi incroyable que cela puisse être, je me souviens parfaitement de ce moment, avec une sorte de stabilisation de ma vue qui fixait la grande et lourde grille en fer forgé de ce parc. La création de mon équilibre.

Je grandissais. Doucement. Je m’éveillais au monde qui m’entourait. Nous étions au milieu des années 70 et il y a toujours eu une télé à la maison. Je découvrais mes premières séries américaines, c’est toujours marquant. Entre Cosmos 1999 et L’Homme Qui Valait 3 Milliards, la télé était bien partie pour devenir ma meilleure amie. Mais ma mère ne l’entendait pas de cette oreille. Passer ses après-midis de libre devant un écran alors qu’il fait si beau dehors ? Ça va pas non ? C’était beaucoup mieux pour elle de sortir s’aérer et se dépenser physiquement en allant « au square » comme elle disait. Et elle avait raison.
Nous nous y rendions tous les deux vers 13h30/14h. Cela n’a jamais été une corvée pour elle, pensez donc. Alors que je me mêlais aux autres gamins du parc, elle rejoignait ses amies pour un squattage de plusieurs heures sur le même banc public, à bavasser pendant des heures sur tout et essentiellement sur rien. Nos divers problèmes infantiles étaient les principaux sujets (maladies, les dents qui poussent, le caca mou ou dur etc.) Une fois ces passionnantes opinions échangées, les confidences sur la famille et les amis, entrecoupées de taillages sur tout ce petit monde, prenaient rapidement le pas pour leur plus grand délice.
Pour les heures creuses, ma mère ramenait toujours avec elle un Paris Match ou un Jours De France qui allaient lui raconter la vie des riches monégasques et la faire un peu rêver.

Mes copains de ce parc étaient jetables. Presqu’à chaque visite, j’avais un nouveau « meilleur ami pour la vie ». Ce n’était pas du mépris mais il était rare que l’on retrouve le lendemain ou la semaine suivante le pote de la veille.
Les jeux étaient nombreux et variés. Les classiques cowboys et indiens, gendarmes et voleurs et autres « chat » revenaient le plus souvent, sans parler des jeux de plein air comme le vélo, le ballon ou le patin à roulettes, jusqu’à ce qu’ils ne soient interdits durant les années 80 pour des raisons de sécurité.
Les saisons nous fournissaient même des idées d’amusement. L’automne, les nombreux marronniers nous délivraient des monceaux de munitions avec leurs marrons que nous nous jetions joyeusement à la gueule. L’hiver, c’étaient les boules de neige évidemment, parfois agrémentées d’un caillou en son centre…

A partir de 1978, nous pûmes voir les ravages de la télévision sur nos jeunes cerveaux. Des classiques jeux évoqués plus haut, nous passâmes bien vite à Goldorak, Capitaine Flam ou San Ku Kai. J’excellais dans la mise en place de remix de gendarmes et de voleurs en version Récré A2. Au lieu de « gendarmes », nous étions le Capitaine Flam et son équipe, avec les habituels clashes lors de la distribution des rôles

- Toi, tu seras le professeur Simon !
- Ah non, j’aime pas ! Je veux être le Capitaine Flam !
- Non, Flam, c’est moi ! On peut pas en avoir deux.
- Mais je veux pas être Simon !
- Alors tu seras Joanne !
- Non ! C’est la fille !
- Alors Frégolo, c’est tout ce qu’il reste !
- T’es plus mon copain !

J’entraînais tout le monde dans mes délires de fictions réelles à travers ce parc boisé, mon « univert ». Pour simuler le Cyberlab, nous courions tous en groupe au même pas. Quand il dépassait la vitesse de la lumière, nous courrions plus vite… Et bien évidemment, les parties de cache-cache furent transformées. Au lieu de trouver un copain planqué, nous chassions l’Empereur de l’espace…

Ramener ses jouets était tentant. S’amuser dans un environnement naturel fait de terre et d’herbe, c’était autre chose que la St Maclou bouclée de la maison. Une jeep safari dans un bac à sable ou un Steve Austin dans un arbre, quel pied ! Mais c’était risqué. Combien de gosses ont perdu ou oublié quelque chose sur place ? Sans parler des vols ou tout simplement de la casse.
Les mômes ayant ramené leurs jouets étaient facilement identifiables dans le parc. En effet, de petits groupes compacts se formaient autour d’eux. Il y avait le proprio des jouets, à ses côtés ses deux ou trois potes, frères ou cousins, qui pouvaient ramener eux aussi des munitions, et tout autour, assis ou en tailleur, les spectateurs qui regardaient en bavant.

Déjà à l’époque, je m’intéressais aux comportements des gens et, plus que les jouets, je matais surtout les réactions des autres suivant les situations. Dans ce parc, toutes les classes sociales se mélangeaient. Basse, moyenne et haute. Comme un maillot de foot, l’état et la marque des fringues portées par ces enfants donnaient de suite l’indication de leur équipe. Les gosses de prolos étaient les plus nombreux parmi ces spectateurs. N’ayant pas ou peu de jouets, souvent des trucs moches et peu onéreux, ils dévoraient de la rétine les joujoux modernes qu’ils avaient sous le nez. Une voiture de flic filoguidée, un Big Jim tout équipé, un chasse-neige Tonka… Dans leurs yeux se lisaient l’envie, la convoitise, parfois la haine. La haine envers le gamin en face de lui mieux loti, la haine envers ses propres parents trop pauvres pour lui payer la même chose, la haine envers un frère ou une sœur à qui tout était dû et qui lui bouffait sa part de bonheur matériel etc. Les traumatismes d’enfance démarrent souvent ainsi.

Dans ces réunions de joueurs anonymes, quelqu’un posait toujours la même question au proprio des jouets :

- Je peux jouer avec toi ?

Il y avait tellement d’espoir dans cette phrase. Rendez-vous compte ! Si le maître du jeu acceptait, le type intégrait le club et pouvait toucher les jouets, s’amuser avec. Joie intense. Mais le plus souvent, c’était un « non ! » sec et terrifiant qui fusait en guise de réponse. Les petites salopes égoïstes ont toujours existé. Certains, alors que leur âge n’était même pas encore un nombre, prenaient du plaisir à refuser ce service. Ça se voyait. Ils se sentaient supérieurs, dominants. « Moi j’ai et pas toi, je t’écrase et ça me plaît ! » Cela augurait bien des choses sur eux pour l’avenir.
Devant ce refus, des bagarres pouvaient éclater. Le rejet, on sait que c’est l’une des choses les plus corrosives qui soit, mais j’en ai peu vus. En général, le gamin recalé restait et continuait de regarder. Etre passif, c’était mieux que rien.
Personnellement, je ne mêlais pas à ce genre de groupe. D’une part parce que plus de deux personnes pour moi, c’est la foule et que la plupart de ces jouets, soit ne m’intéressaient pas (camions, voitures etc.), soit je les avais déjà à la maison.

Comme tout parc digne de ce nom, il n’y avait pas que de la verdure mais aussi des attractions pour amuser petits et un peu moins petits… Décomposé en deux grands bacs à sable, le premier espace ludique accueillait deux toboggans, un tunnel-filet et une sorte de cage en acier avec des tas de barreaux peints en rouge et bleu. On pouvait grimper dessus. On n’imagine plus ça de nos jours mais c’était le temps où le mot « sécurité » rimait avec « responsabilité ». Rien n’était dangereux tant que vous ne faisiez rien de dangereux avec.
Les plus simiesques d’entre nous montaient tout en haut et restaient en équilibre. Le roi de la montagne. Beaucoup en sont tombés, souvent avec pertes et fracas. Les membres, voire la tête, pouvait heurter un des barreaux. Je n’ai pas le souvenir de blessure grave voire de mort. Les os des gamins sont encore assez souples à cet âge-là…
De toute façon, quand une chute se produisait, aucun parent ne songeait à porter plainte et attaquer le parc, la mairie ou le pays en justice, comme on le voit si souvent de nos jours. La déresponsabilisation à outrance est l’un des maîtres mots de cette société dite moderne. On veut des responsables pour expliquer la connerie de ses gosses et, si possible, en retirer de l’argent. Pas là. On baffait juste le gamin, qui chialait déjà de douleur, en lui disant que c’était bien fait pour sa gueule et en espérant que la leçon avait été enregistrée. Il n’y a pas plus saine éducation.

L’autre bac à sable était le domaine d’un grand château en bois, fabriqué à l’aide de rondins de bois vissés et boulonnés, et haut de plusieurs mètres, au moins quatre ou cinq. Monter dans l’espèce de clocher lui servant de point culminant était le but ultime, mais rien n’était prévu en ce sens. Point d’échelle ou de barreau. Seuls les « grands » pouvaient le faire et une certaine élite sportive. Aussi dynamique qu’une larve, on m’avait tout de même appris à le faire. Les bras prenaient appui sur les rambardes, on se soulevait puis on calait rapidement ses jambes sur les coins. Enfin, les mains agrippaient le seuil du clocher et il n’y avait plus qu’à pousser son cul.
Une fois dans la minuscule niche, nous discutions entre gens de bonne compagnie, conscients de notre toute-puissance d’être là, ce qui n’était pas donné à tout le monde, tout en imprimant de forts mouvements afin de faire bouger tout ce bordel en bois d’arbre… L’inconscience.

Au milieu du parc trônait un grand bassin le plus souvent rempli d’eau avec une profondeur de 50 cms peut-être. Il était interdit de s’y baigner, de se tremper les pieds ou même d’y faire flotter bateaux et autres jouets aquatiques. De la pure décoration. Mais il arrivait souvent que des gosses traînant trop près y tombent, souvent poussés par un de leurs camarades. Votre serviteur a fait son baptême dedans de cette façon à 3 ou 4 ans…
Juste à côté, un ancien kiosque entrait déjà en agonie. Avec son toit en chaume, on le voyait de loin. Le pourtour était décoré de rondins de bois avec encore des nœuds et autres aspérités. Il était donc facile de grimper dessus et d’en faire un cheval imaginaire.
Plus loin, il y avait une espèce de grande cabane avec quelques bancs et tables. Elle était toujours pleine de monde, je m’y aventurais donc assez peu. A une époque, elle fut le refuge de quelques clochards dont un dont on racontait qu’il avait fait la guerre avec les Allemands et qu’il avait un chien appelé « Adolf »… Délire ou réalité, je n’ai jamais su.
Notez bien que de nos jours, on aurait engagé une pétition puis envoyé la police pour le déloger alors que de mon temps, nos mères nous disaient simplement de ne pas y aller et de les laisser tranquilles. Et nous obéissions. Enfin, pas toujours…
Un peu plus haut, juste après le petit pont de bois enjambant un cours d’eau pour canards, une sorte de chalet pourri vendant glaces molles et boissons tièdes ouvrait de temps en temps vu que son proprio préférait largement picoler au bistrot d’en face que de bosser. Régulièrement défoncé, il engueulait les gosses qui étaient pourtant son gagne-pain. Il ferma assez vite.
Dernier endroit haut en couleurs, et à juste titre. Situé à l’entrée d’un emplacement réservé aux bébés et leurs mères poussait un énorme buisson. Toute l’année, il offrait myriade de petites baies oranges que nos mères nous interdisaient de consommer parce que c’était « du poison ». Je doute que du poison pouvait être en accès immédiat dans le parc mais jamais nous n'avons été assez téméraires au point d’essayer d'en manger.

A propos de nourriture, vers 16h, c’était le moment où nous revenions vers nos génitrices pour recharger nos batteries. Le goûter, très important chez un gamin en pleine croissance ! Ma mère prévoyait toujours quelque chose, un paquet de gâteaux, souvent des barquettes Trois Chatons, ou le bon vieux « pain beurre chocolat » dans du papier alu.
Pour la boisson, je bus pendant des années dans le même récipient, un truc assez peu pratique d’ailleurs, une sorte de gros tube façon shaker en plastique rose pâle. On acheta un peu plus tard une gourde classique, avec un anneau, plus moderne et qui servit également pour les vacances. Dedans, de l’eau, mais le plus souvent le fameux sirop Teissere. Orange de préférence. Préparé le matin et laissé dans le frigo jusqu’au moment de partir, il emplissait mon petit corps de fraîcheur désaltérante avant de repartir vers les copains pour de nouvelles aventures. Les plus fauchés se contentaient de la flotte d’une fontaine à molette située plus loin.
Au tout début des années 80, les mini briques de lait au chocolat ou à la fraise apportèrent de la nouveauté et même de l’amusement puisqu’une fois vidées, il suffisait de souffler dans la paille pour les gonfler puis de les écraser violemment du pied pour qu’elles explosent dans un bruit qui nous ravissait.

A défaut d’avoir un jardin ou une maison de campagne, c’est dans ce parc que j’ai appris à faire du vélo sans les stabilisateurs. C’est le voisin de notre ancien appartement, un portugais parlant très mal le français, qui m’aida dans cette tache aussi importante dans la vie d’un homme que le service militaire ou le mariage... J’avais déjà eu une répétition avec mon père mais cela s’était terminé par des genoux écorchés. Tout de même, je sentais que ça venait. Il fallait poursuivre la formation.
Un après-midi, c’était décidé, à la fin de la journée, je saurais faire du vélo comme un grand ! Le voisin m’aida. Sa tâche était simple, pendant que je pédalais, il tenait le vélo droit derrière moi et le lâchait quand je me sentais prêt. Tout l’après-midi se passa ainsi. Les gadins furent nombreux. Mais juste avant la fermeture du parc, alors que je pédalais encore, je lui redemandais de lâcher le vélo. Pas de réponse. Tournant ma coupe au bol à 90°, je constatais qu’il n’y avait plus personne derrière ! Sans doute crevé, il avait lâché l’affaire depuis un bail. Ça y était. Je faisais du vélo comme un grand ! J’en fus tellement surpris et heureux que j’en perdis l’équilibre et me ramassais la tronche par terre. Mais qu’importe ! Le pli était pris. Enfin presque, il fallut que je me paie encore une ou deux gamelles de plus pour vraiment y arriver tout seul. La dernière fut la plus fameuse puisque mon point de chute fut un arbre. Et oui, aller tout droit, je savais mais comment on tourne ?

Toujours sur les arbres, il était bien évident que nous allions grimper dedans. C’était interdit déjà à mon époque, donc, nous le faisions tous. Il y avait un arbre particulier, assez bas mais massif et surtout, avec des branches partant dans plusieurs sens et une sorte de siège naturel au milieu. Un abri parfait pour se reposer mais il fallait faire attention aux gardiens qui vadrouillaient. C’était encore plus excitant.

Ces mêmes gardiens nous servaient essentiellement de pendule. Quand ils passaient en agitant leur cloche, cela nous indiquait que le parc allait fermer et que la journée se terminait. La fermeture variait selon les saisons. Tôt l’hiver, tard l’été. En juin et juillet, nous restions jusqu’au bout. A 19h seulement, nous pliions les gaules. Ma mère saluait ses copines et je faisais de même avec mes potes du jour en nous promettant de nous revoir dès le lendemain. Promesse bidon.
Nous nous dirigions vers l’immense porte en fer forgé et, là, sur le côté, ma mère me déchaussait, une godasse après l’autre, pour les vider du sable qu’elle contenait. Beaucoup de gamins passant comme moi la journée au parc terminaient régulièrement en chaussettes voire pieds nus mais je n’aimais pas ça. Les petits cailloux pointus, c’était douloureux.
Nous rentrions ensuite doucement à la maison pour manger, mon père n’allait pas tarder non plus. La vie simple.

Ce parc existe toujours, la pression immobilière ne semble pas avoir de prise sur lui. Il m’arrive de m’y rendre parfois, en particulier quand le temps est froid ou pluvieux, il y a presque personne et je ne l’apprécie que mieux. Chaque mètre me rappelle un souvenir. Ici, j’ai joué au foot et marqué un but. Là, j’ai cassé la gueule d’un mec. Là, c’est moi qui ai pris une trempe. Ah, l’arbre que je me suis mangé en vélo a été coupé. Ici, je me suis aperçu que j’avais perdu mon pistolet à amorces… Peut-être vais-je le retrouver ?
C’est un de mes rares endroits d’enfance qui n’ait pas trop changé. Même les statues de Grâces à poil sont toujours là. Le bassin a tout de même des rambardes de protection tout autour pour éviter d’autres baptêmes non désirés. Le château en bois a été démoli et les attractions ont toutes été remplacées par des trucs en plastique dignes de chez Mac Do. L’un des bacs à sable a été vidé et remplacé par une sorte de sciure de bois. Ça absorbe sans doute mieux les chocs et la pisse…
Les gardiens sont toujours aussi nombreux. Ils papotent, draguent les mamans et bullent énormément. Le kiosque au toit de chaume a lui aussi été démoli dans les années 90 et mon « cheval » conduit à l’abattoir par la même occasion. Le libéralisme a fait son retour avec un nouveau petit chalet vendant boissons et sucreries ainsi qu’un manège et des balançoires, tous payants évidemment.

Le public aussi ne change pas. Des gamins faisant mille conneries, leurs parents les surveillant plus ou moins et des p’tits vieux assis sur les bancs. Etant gosse, je ne comprenais pas comment ils pouvaient rester assis comme ça des heures entières à ne rien faire, juste à se chauffer au soleil. Mais maintenant, je sais. Ils font simplement provision de lumière en attendant les très prochaines ténèbres.

MUSIC FOR THE YOUNGSTERS

Le premier souvenir fut celui d’un mange-disque rouge. On l’a tous eu. Des livres-disques de Chantal Goya. De Pierre Perret « vaisselle cassée, c’est la fessée ; vaisselle foutue pan pan cucul » et l’histoire d’un lion aux yeux mauves.
Du mange-disque qui tourne en boucle. De la collection de petits livres Disney qu’on recevait par La Poste et qu’on pouvait commander en 4ème de couverture de Télé7Jours, avec leur petit format et leur couverture en dur aux couleurs douces.
Des gros livres que je recevais par les amis de passage de mes parents et qui savaient que j’aimais regarder les beaux livres. Surtout ceux sur la préhistoire ou Disney ou les contes du monde entier.
Du petit lit pour enfant dans ma chambre dans lequel je ne voulais pas dormir. C’était mieux avec maman. Et si mon père voulait dormir dans mon petit lit, c’était bien. S’il ne voulait pas, c’était bien aussi mais tant pis pour lui.
De la grande girafe Sophie qui faisait "squick" quand on la pressait sauf si je la mettais dans le bain. Elle refusait de squicker dans le bain, la drôlesse. Du petit chien en peluche qui marchait tout seul. De ma poupée en mousse qui me suivait partout.

Et après le mange-disque, la chaîne Hifi dans le salon. Celle qui servait en journée pour ma mère et moi à brailler de concert sur L’Enfant Et L’Oiseau de Marie Myriam, sur Mireille Mathieu qui nous donnait mille colombes et Nana Mouskouri qui chantait Liberté. Et Julio ! Julio qui nous disait que nous les femmes, nous étions son drame. Ça, ça me plongeait dans des abîmes de perplexité mais c’était pas grave, je chantais aussi parce que vu comme ça ravissait ma mère, ça ne pouvait être qu’une chouette chanson.

Et bien sûr, il y avait Joe Dassin. La vedette au costume blanc qui sifflait sur la colline et mangeait des petits pains au chocolat et qui disait que si je n’existais pas, pourquoi qu’il existerait, surtout pendant l’été indien en regardant les tableaux de Marie Laurencin. Alors ça, ça me laissait sans voix le coup des tableaux. Ça devait être un sacré truc pour qu’on en parle dans la chanson.


Mais on n’écoutait pas ces délices orgasmiques pour esgourdes quand mon père était dans le coin. Là nous passions à du sérieux, du vrai. Mort Shuman et son Papa Tango Charlie, Demis Roussos et son torse, Nicole Croisille et les chanteuses « qui avaient de la voix, pas comme ces soufflets de biniou enfumés de Françoise Hardy ou Jane Birkin ».

Mais il était un genre dans lequel toute la sainte famille communiait : le disco ! Et son Vatican pour porter la parole du Seigneur et héberger son clergé : les plateaux de variété ! En priorité ceux des Carpentier mais point de racisme chez nous : les Drucker, Guy Lux et tous les gens qui savaient bouger en gardant les plis d’une chemise à jabot ou d’un pantalon pattes deph’. Jeane Manson chantait dans la bande à Jojo et faisait concurrence à Joëlle dont le côté « plate idole 70s » ne plaisait point à mon géniteur.
Carlos s’habillait en nourrisson et Michel Sardou dardait un regard ténébreux du haut de ses bottines à talon. Claude François hochait du postérieur au milieu des mythiques Claudettes toutes de paillettes et de lamé recouvertes. Guy Lux rudoyait sa co-présentatrice tandis que le plus russe de nos animateurs, l’imposant Léon Zitrone, imperturbable, commentait la course folle des vachettes provinciales en goguette dans les rues de Miroufle-les-Gigondes sous les huées des supporters de Fleury-la-Biroute qui espéraient bien l’emporter lors de l’épreuve des « je vais te foutre mon gourdin dans le c…carafon quand on sera dans la piscine ».

On a même fait le grand saut. On a été voir les enregistrements des émissions. Se rendre compte de l’envers du décor pour voir les vedettes en vrai. Sacha Distel, Guy Lux et même Jean-Luc Lahaye. J’étais gamine mais j’ai encore le souvenir de Guy Lux piquant des colères incroyables et se défoulant sur Sophie Darel.
On voyait les vedettes en vrai, de pas trop loin. Ça en jetait ! D’ailleurs, on était priés de venir « en dimanche » et bien peignés pour composer un joli public élégant et content d’être là. Le plus sympa, c’était Jean-Luc Lahaye. Très causant avec les gens pendant les pauses mais qui se dépensait comme un fou. Entre les prises, il devait souvent changer de chemise. En cherchant bien, je dois encore avoir des tickets d’entrée pour Lahaye d’Honneur. Ma mère a dû les garder, on ne jetait rien…

La musique classique, le Grand Echiquier et Apostrophes n’étaient même pas envisagés. C’était pour les cultureux qui se pressaient le citron. Au pire, il y avait toujours le Rondo Veneziano ou Jean-Claude Borelly et ses reprises des succès du moment à la trompette pour nous rapprocher de la grande musique. Il faut dire qu’on ne fréquentait personne qui aurait pu nous faire tomber du côté obscur de la culture. On ne se mélangeait pas. La musique était bien un marqueur social. Ce qu’on écoutait nous définissait. D’ailleurs, quand j’ai commencé à écouter de la musique classique, on s’est demandé ce que je couvais. Quelle mouche m’avait piquée! Le jazz est passé pour une lubie de « jeune qui se cherche » et qui veut jouer à Gréco en mal de Miles Davis.
Quand ma mère a découvert Frank Michael, j’avais déjà quitté la maison. J’ai donc fait des trajets en voiture, souriante, détendue, heureuse de vivre entre ma mère et sa meilleure amie clamant avec des trémolos dans la voix que « toutes, toutes les femmes sont belles » et pour tout vous dire ….je l’ai regretté mon Julio !

MES DISQUES DE GOSSE

La musique a toujours été présente autour de moi dès ma petite enfance. Télé, radio mais surtout disques. Mes parents en ont acheté jusqu’à ce qu’ils deviennent vieux, vers 30 ans… Surtout ma mère. Elle refusait sans doute de faire le deuil de sa jeunesse yéyé.

Peu de 33 tours à la maison, probablement à cause du prix, mais beaucoup de 45 par contre. C’était cheap et plus rapide à écouter. On avait LA chanson du moment, ça durait 3mn30 et ça suffisait bien. Je devais avoir trois ans lorsque je me suis éveillé à ce qui m’entourait et je revois encore les skeuds rangés n’importe comment dans une sorte de râtelier métallique doré déglingué.

Les parents ont tendance à acheter à leurs gosses ce qu’ils aiment eux en version jouet. Des fondus de bagnoles offriront des circuits électriques par exemple. Pour ma part, au Noël 75, j’ai reçu en cadeau un mange-disque jaune. Je n’en ai aucun souvenir mais je le sais car des photos témoignent de l’évènement dans l’album familial. On m’y voit le tenant fermement par sa poignée avec ma mère à côté d’un porte-manteau en peluche comme ça se faisait, et probablement offert en même temps. Y’a même un 45 tours de Sheila dans le fond…
Je nourrissais ce mange-disque avec le peu que j’avais. Un livre-disque de Aglaé et Sidonie, Père Lipopette et Sacripan, Casimir et les 45 tours de mes parents. Je me rappelle de Jeanette, Nicolas Peyrac ou du Schmilblick de Coluche. Des trucs que j’écoutais sans rien y comprendre mais tant que ça faisait du bruit, j’étais content.

Vers 1978, et l’emménagement dans notre nouvel appart, j’eus un autre mange-disque, sans doute pour remplacer le premier qui avait dû péter. De jaune, je passais à un engin orange. Peut-être le cultissime mange-disque Lansay, même si je n’ai jamais vraiment bien retrouvé l’exact modèle que j’ai eu. Il y a dû y avoir des dizaines de variations sans parler des clones.
J’en avais bien besoin vu que Goldorak avait atterri en France la même année, avec le bruit que l’on sait, et j’avais très rapidement reçu le 45 tours de Noam.


Avec une pochette faite à l'arrache à l'aide d'images officielles, des paroles de Pierre Delanoë, auteur pour Polnareff ou Sardou, une musique de Pascal Auriat, un type qui a travaillé avec Dalida, et interprété par Noam, un gamin israélien, ex petit protégé de Mike Brandt, ce 45 tours improbable, enregistré en une nuit, fut logiquement refusé par quasiment toutes les majors. « Un générique sur un dessin animé japonais ? Pffff… Ça ne marchera jamais ! » Et il s’en écoula plus de 4 millions d’exemplaires. La grande intelligence des maisons de disques…

Delanoë déclarera par la suite n’avoir aucun souvenir de la réalisation de ces paroles. Sans doute les a-t-ils écrites sur un coin de table lors d’un déjeuner dans un resto chic en attendant l’addition… Quant à Noam, ce fut un coup de booster fameux pour lui en France. Il était désormais connoté et, à chaque série pour la jeunesse, on le réclamait, quitte à faire des reprises. Le nom de « NOAM » en pochette était l’assurance de jackpot. Il avouera des années plus tard avoir enregistré la chanson de Goldorak en yaourt faute de savoir parler français à ce moment là et n’avoir jamais vu un seul épisode du robot de l’espace de toute sa vie.
Ce disque, c’était un aveugle tirant avec une carabine faussée et mettant dans le mille !

Inutile de préciser que ce simple tourna longuement dans mon nouveau mange-disque. A peine terminé, je le remettais en marche. De la lobotomie en version vinyle.
Sa face B me permit de comprendre la signification du mot « instrumental ». Juste la musique de la chanson. J’aimais beaucoup ça, je décortiquais mentalement la moindre note, le moindre rythme. A l’époque, je ne savais pas que j’étais capable de jouer du clavier à l’oreille.
Un soir, n’en pouvant plus d’idolâtrie et manquant de reliques à adorer, j’entrepris de découper le Goldorak au dos de la pochette. Rendez-vous compte, il était en pied, brillant, majestueux ! Tant pis pour le disque ! Quelques coups de ciseaux, crouic-crouic-crouic, et hop ! Tous à genoux devant le bout de carton sacré !


Bon, un disque de Goldorak, c’est bien, mais au bout d’un moment, sa digestion fut faite. Il me fallait autre chose à me mettre sous la dent de lait, mais ce n’était pas évident. Le plus souvent, il fallait attendre Noël et l’anniversaire pour ça et ça n’arrive qu’une fois par an... La mort de Jacques Brel en 1978 me donna un sacré coup de main. Mes parents l’adoraient, chose que je ne comprenais pas bien du haut de mes 5/6 ans. Il chantait fort, beuglant parfois et je ne comprenais rien à ce qu’il racontait dans ses chansons qui parlaient d’Amsterdam en Belgique… La lumière sur lui se fera à l’adolescence.
J’accueillis ce décès avec opportunisme. Le bon vieux réflexe des gens se précipitant dans le premier magasin à l’annonce de la mort d’un artiste pour acheter ses disques m’aida à agrandir ma collection. En effet, pendant quelques temps, il arrivait que le samedi, mes parents décident d’aller s'offrir un album de Brel. C’était la sortie du weekend et leur façon de porter le deuil sur ce chanteur.
Nous nous rendions à pied en troupeau familial au disquaire de la ville, situé « tout en haut » à défaut de savoir le nom de cette rue... Ce n'était pas la porte à côté et ça faisait une trotte pour l’enfant que j’étais. Je considérais cet endroit comme le bord de l’univers. Quand je pense au trajet maintenant, fait en moins de 15mn, je souris un peu tristement. En grandissant, les distances se raccourcissent.

C’était bien ces sorties en famille. Je revois mon père fouillant les bacs de disques, une clope au bec. Ma mère l’aidant. Sans clope. Quant à moi, j’attendais qu'on me demande ce que je voulais, sachant très bien que moi aussi, je ressortirai de ce magasin avec un disque à la main. Sale petit parasite ! C’est de cette façon que j’ai eu les deux 45 tours des Goldies. Je me rappelle, ils étaient derrière le type à la caisse, bien en évidence, sans doute les meilleures ventes du moment.
Là, on larguait Noam et son accent de marchand de jeans pour un chanteur bien de chez nous. Derrière le pseudo des « Goldies » se cachait Jean-Pierre Savelli, que l’on retrouvera par la suite interprétant, entre autre, le générique d’Albator 84 ou de Il Etait Une Fois… L’espace, puis il devint « Peter », de l’horrible duo Peter et Sloane qui nous polluera tant les oreilles et fut le premier N°1 du tout jeune Top 50, nous révélant ainsi chaque semaine que les Français n'avaient aucun sens du rythme...

Pierre Delanoë reprit du service pour les paroles de ces deux 45 tours. Quant à la musique, la production utilisa directement celle des japonais. Shunsuke Kikuchi accédait ainsi au marché français. Je rigole toujours en lisant son nom car, j’ai déjà entendu des types disant qu’ils écoutaient de la Jpop depuis 1978 grâce à ce générique…


Autant Le Prince De l’Espace ne me fit pas grand-chose musicalement parlant, vu que je considère cette chanson comme la plus faible de ce trio de disques, et je ne parle même pas de la version d'Enrique, que dire de La Légende d’Actarus ? Elle restera sans doute ma chanson préférée de Goldorak. Peut-être que cela vient du fait qu'elle était le générique de début, et cette chanson voulait dire: "Goldorak est là, ça commence, enfin!" La musique de la joie hebdomadaire. Je l’ai écoutée, écoutée, écoutée… Et même encore maintenant. Si j’ai envie d’un peu de cornes jaunes dans les oreilles, outre les BGM, je lance de suite La Légende d’Actarus. Ce fut même l’un de mes premiers fichiers audio téléchargés en 1999, un format .wav allégé. Souvenir.
Par contre, la face B, Goldorak Et L’enfant, comment dire… Ben, c’est de la merde quoi ! Une espèce de jerk électronique improbable avec des paroles ridicules. Cette chanson me fout la honte quand je l’entends. Comme j'aurais préféré un instrumental !
Savelli ne reniera jamais ces génériques de dessin animé et on peut au moins lui accorder ça.


Mon père, c’était Brel. Mais ma mère, même si elle a toujours aimé Grand Jacques, eut une sorte d’engouement identique qui me permit de ramener toujours plus de disques dans ma chambre. A l’époque, elle sortait avec une de ses copines motorisée dans des supermarchés de banlieue un peu lointaine et, comme il était hors de question de me laisser seul à la casa, elle m’emmenait dans ses bagages... Les supermarchés, c'est autre chose que les petites épiceries de quartier, le choix est démultiplié. Et au milieu des courses, il arrivait qu’elle s'aventure au rayon des disques et se paye carrément un 33 tours de sa nouvelle idole éternelle, pour toujours et à jamais : Julio Iglésias. Ne riez pas! Toute bonne femme normalement constituée de la fin des années 70 a succombé au charme de cet hidalgo à deux balles qui tenait son micro comme on fait une fellation...
Il faut comprendre qu’il parlait à la femme qui était en elles et non à la mère de famille, ce qu’elles étaient par la force des choses 365 jours par an. La femme, elle, n’existait pas, plus ou si peu. Qu’elles étaient belles ou moches, Julio leur disait à toutes qu’elles étaient merveilleuses et ça marchait. Il comblait un vide béant en elles. Combien de nanas, mariées sans doute trop jeunes et déjà piégées dans une vie triste et morne à même pas 30 ans, avec les mômes d’un côté, parfois un boulot de l’autre, et un mari les regardant comme un meuble, sentaient qu’elles gâchaient leur jeunesse ? Julio leur apportait un réconfort sensuel sans avoir besoin de tromper leur conjoint et briser ainsi leur petite vie sans joie car, ce rien était tout pour elles.

Se sentant probablement coupable et, peut-être pour acheter mon silence, ma mère m’autorisait à choisir un disque avec le sien. Je n’allais pas refuser une telle occasion. Je profitais de la situation tout en restant dans les limites du raisonnable, m’accordant moins qu’un 33 tours mais plus qu’un 45. A chaque fois, je prenais un livre-disque du Petit Ménestrel, souvent des merdouilles du genre 1, Rue Sésame, Ernest et Bart etc. Je ne comprends pas bien pourquoi j’ai acheté ça à l’époque vu que je n’aimais pas du tout les Toccata et autre Mordicus. Quand même, c’était gonflé de ma part, y’en avait pour 20 balles à l’époque, alors que les prix des singles oscillaient entre 12 et 15 francs, mais ma mère ne disait rien.
Ceux qui me diront que j'exploitais honteusement ma maman, je leur répondrai que c’était aussi pour moi une façon de me rembourser des chansons baveuses de Julio qui allaient tourner en boucle les samedis matins de ménage…
Ma mère n’en est jamais revenue de ce mec. Même si elle admet désormais qu’il n’est qu’un cacochyme, ça reste quand même « Julio » pour elle.

Pour mieux savourer leurs disques de Brel, mes parents avaient acheté une nouvelle platine pour remplacer la leur qui n’avançait plus. Sur les conseils avisés du vendeur, ils jetèrent leur dévolu sur un appareil « France Electronique », et se firent logiquement arnaquer… J’ai retrouvé sur le Net une photo de cette platine. Envoyée à ma mère, sa réponse fut : « Quelle merde c'était ce truc ! » Texto.


A la même période, décembre 79 pour être précis, Dieu se manifesta à moi par le biais de deux cadeaux en même temps. Le premier fut le Goldorak Popy dans sa soucoupe et l’autre, le 33 tours « Goldorak comme au cinéma ». C’est l’un de mes plus grands souvenirs sur lui. Imaginez un gamin avec une coupe au bol, complètement fanatisé par le robot de l'espace, et qui joue avec la représentation ultime de son idole tout en écoutant le disque avec la voix de ses héros, les bruitages des armes et les chansons. Je demande comment je ne suis pas mort ce soir-là. Overdose de bonheur.

Le problème venait que ce disque était un 33 tours et mon mange-disque n'avait pas la bouche assez grande pour se le gaufrer. Il fallait donc passer par la platine parentale et elle était dans le salon, posée sur une petite table recouverte d'un merveilleux tapis de moumoute blanche… Ah ma mère et son bon goût naturel pour la déco !
Pour écouter mon gros disque, il fallait donc demander l’autorisation parentale. Mon père, quand il était là, s’en fichait mais ma mère appréciait moyennement de se fader pendant près de 40 mn les voix de Daniel Gall ou Pierre Guillermo...


Le déferlement de dessins animés japonais dans les années 79/81 accéléra encore la chose. Je commençais à avoir une sacrée belle collection de 45 tours pour un gamin de mon âge ! Deux versions différentes de Capitaine Flam, l'originale et celle chantée par Savelli, encore lui, San Ku Kai, Hulk par Noam, La Bataille Des Planètes, Albator 78, Ulysse 31 etc. Les classiques de toute une génération, la mienne.
Courant 81, une cousine plus âgée me donna la plupart de ses disques d'enfance. C'était surtout des livres-disques de la fin des années 60, avec les personnages de l'ORTF et aussi des fables de La Fontaine et autres contes de Perrault, souvent racontés par des cadors du style Jacques Fabbri. Mais ça me plaisait bien. J'en ai retrouvé récemment en brocante d'ailleurs, comme Colargol ou Kiri Le Clown.

Evidemment, il y eut des accidents de parcours. La tata Machin qui vous offre un disque épouvantable en croyant bien faire, et surtout, en se disant que les gosses ont tous les mêmes goûts. Erreur ! C’est comme ça que je me suis retrouvé avec, entre autre, le 45 tours de Rox et Rouky chanté par Dorothée ou carrément du Chantal Goya… Tous aux abris !
Inutile de préciser qu’ils n’ont pas beaucoup tourné dans le mange-disque et que certains, même, se transformèrent en projectiles amusants les soirs d’ennui... Vous avez déjà vu un disque éclater contre un mur? C'est beau.

C’est à ce moment là que se passa un événement. Ayant pris goût à la stéréo de la platine familiale, mes parents, et surtout ma mère, en eurent ras le bol de me la voir squatter et de leur imposer mes génériques de dessins animés à la con. A force, ça use, je les comprends. Alors, ils me la confièrent DANS MA CHAMBRE, avec une condition, s'ils voulaient écouter leurs disques, je devais être d'accord. J'acceptais. Certains ouikènes, je dus me fader une heure ou deux de Julio ou de Brel, sans parler de présences dérangeantes dans ma piaule, mais bon, le marché restait tout de même largement en ma faveur. L'électrophone, comme on l'appelait, était mien! Je devenais DJ! A moi la liberté de passer mes disques quand je le voulais et au volume que je voulais, enfin pas trop fort non plus...


Naturellement, tout ce bonheur ne dura pas et la platine commença à sérieusement yoyoter au bout d’un an ou deux. Pas parce que je la martyrisais mais tout simplement parce que c'était une merde. Le volume était toujours un soucis. Quand vous augmentiez le son, il y avait un bruit de craquement atroce qui résonnait dans les enceintes. Un problème électrique sans doute. Il valait mieux laisser le volume sur un niveau acceptable et ne plus y toucher.
Les rayures étaient aussi mes ennemies jurées. Avec un bras trop léger, je me mangeais le moindre défaut du disque, même neuf. Pour éviter ça, j’utilisais une ruse de sioux. Je posais sur la tête un truc un peu lourd comme une pièce ou un petit aimant. Ça appuyait sur le saphir et donc, la quasi-totalité des rayures passaient sans problème. La préhistoire.

Elle traversa le temps. D'enfant, elle me vit passer à l'adolescence. Mes disques de Goldorak furent remplacés par des tafioles new wave et autres mignonnes à visage de fouine... Les copains venant chez moi pouffaient à la vue de ce bidule archaïque. La plupart d'entre eux avait des chaînes HI-FI, qui étaient surtout celles de leurs parents, vous savez, avec le gros meuble vertical qui nous faisaient tous rêver. Certains avaient même une platine laser, énorme luxe à ce moment-là! Mon matos musical se composait de cet électrophone, d'un walkman de la taille d'un paquet de gâteaux et d'un radio-réveil à cassettes. Pour passer pour un con, c'était de première. 3615 code PAUVRE!
La délivrance arriva en 1987, date à laquelle je m’offris ma première chaîne HI-FI, une merde Amstrad en plastique mais c’était toujours mieux que ça.

Même si j'en achète en brocante, surtout pour me marrer et rattraper ce que je ne pouvais me payer au Prisunic du coin à l'époque, jamais je ne reviendrai au vinyle, j'ai trop souffert. Malgré ça, mes disques de Goldorak gardent un parfum rare. Celui de mon enfance.

DEPECHE MODE - BLACK CELEBRATION

01 - Black Celebration. 02 - Fly On The Windscreen. 03 - A Question Of Lust. 04 - Sometimes. 05 - It Doesn't Matter Two. 06 - A Question Of Time. 07 - Stripped. 08 - Here Is The House. 09 - World Full Of Nothing. 10 - Dressed In Black. 11 - New Dress. 12 - Breathing In Fumes. 13 - But Not Tonight (extented remix). 14 - Black Day.

Après ce succès mondial, et de grosses engueulades dans le groupe dues à toute cette pression nouvelle pour eux, Martin s’installe à Berlin et décroche le téléphone. Il veut qu’on lui foute la paix. Ce climat intimiste lui permettra tranquillement d’écrire ses chansons les plus personnelles et, peut-être, les plus belles. Black Celebration est plus l'album de Martin que celui de Depeche Mode. Déjà, il interprète lui-même quatre de ces titres. C'est avec ce disque que les journalistes français commenceront à prendre au sérieux les quatre de Basildon, en particulier Gérard Bar-David du mensuel Best qui, après des années de critiques acerbes, succombera à la "modemania" et deviendra un ami du groupe.


Album à la beauté noire, le ton est résolument glacial et morbide. Une vraie crypte! Bizarrement, les titres que j'aime le moins sont ceux sortis en single, que je trouve faciles et commerciaux, mis à part A Question Of Lust. Stripped est rapidement pénible et A Question Of Time trop ciblé FM. A noter que c'est avec ce dernier titre que commença la collaboration avec le photographe Anton Corbjin pour les clips du groupe puis tout leur visuel.

It Doesn't Matter Two, chanson complètement mélodique et froide comme la mort, entête dès le début. C'est avec ce genre de titre que je passerais au collège pour un amateur de "chansons tristes" auprès de mes charmants petits camarades... Here Is The House nous montre le potentiel mélodique de Gore. Le même se lâche avec New Dress qui est un énorme pavé dans la mare de Lady Di mais aussi une sorte de réveil politique pour certains.

La version Cd de cet album contient trois chansons bonus: Breathing In Fumes, sorte de démo digitale de Stripped, le navrant But Not Tonight en version longue histoire de nous achever (titre commandé pour le film Modern Girls, film déjà ringard à l'époque alors imaginez maintenant...), et Black Day, dans lequel Gore se prend pour Bob Dylan mais c'est pas une réussite.

Le premier album complet des Mode que j'ai possédé dans ma vie, même si c'était une vulgaire K7 copiée...

LA PREMIERE FOIS (VERSION FILLE)

Les hormones sont très vaches avec les adolescents. Pour les uns, elles jouent l’urgence et le besoin (les garçons) tandis que pour les autres, elles jouent le désintérêt voire la fuite (les filles).

Sitôt entré au collège, le mâle en formation n’a qu’une idée en tête. Voir une fille de près, de très près, sous toutes les coutures et si possible dans un premier temps mettre les mains. Mais ça ne marche pas comme ça. Pas tout de suite. Parce que dans le même temps, la donzelle rêve de ses copines (et pas comme vous croyez bande de pervers), des sorties entre copines et accessoirement du grand frère de la copine. Enfin, ce dernier point s’entend sans mettre les mains nulle part. Ni les siennes à lui et encore moins les siennes à elle.

Voilà donc le problème qui confine à la tragédie grecque. Il veut mais elle ne veut pas. Elle le trouve dégoûtant et il la trouve pimbêche. C’est vrai quoi, il n’est pas exigeant (au début). Il voudrait mettre la main sur un sein. Même par-dessus les vêtements. Juste sentir le renflement. Mais c’est pas plus envisageable que de voir Madonna épouser Ronald Reagan (on est au début des années 80 quoi merde!). Elle hésite déjà à le laisser insérer sa langue à lui dans sa bouche à elle alors pour ce qui est de tâter les protubérances mammaires, il peut se toucher, Amédée.

Quel choix lui reste-t-il au pauvre garçon envahi de sensations et de pensées, jour et nuit, qui ne pense qu’à ça ? Il passe en revue frénétiquement les pages sous-vêtements du catalogue Quelle et même la vue d’une gaine au chapitre « Femmes élégantes » lui met la trique et l’envoie aux toilettes tous les quarts d’heure provoquant une inquiétude très légitime de la mamie chez qui il passe les vacances et qui se demande s’il n’est pas affligé d’une diarrhée atmosphérique pour avoir abusé du Tang.


Il hésite à partager son infortune avec ses camarades qui clament, tous sans exception, qu’ils ont depuis longtemps fourré la belette dans le terrier. Il craint en effet de se voir attribuer le pire surnom qui soit en ces temps d’obscurantisme moyenâgeux : puceau ! Il fait donc comme les copains, il baratine, il invente, il enjolive, il mythonne.
Et ouais, il l’a fait. Il a vu les nibards de la voisine d’en face. Il a mis sa main dans la culotte de sa cousine (y’a pas de mal tant que ça reste dans la famille, regardez Christine Boutin). Il a fait hurler de plaisir une hollandaise majeure rencontrée au camping (là on confine à l’irréel voire au Saint Graal parce que la majeure, elle connait des trucs, elle a expérimenté des machins) et qui a insisté pour l’emmener sous sa tente pour attenter à sa pudeur (on le sait tous, les hollandaises, ce sont les pires. Enfin, après la fille en page 3 du Sun).

Ça plastronne dans la cour de récréation, ça parle haut, ça postillonne, ça bombe le torse pour impressionner les potes et le groupe de filles qui ne manque jamais de se trouver non loin de là.
Pendant ce temps, les filles se lamentent. Elles voudraient des baisers doux et surtout pas mouillés et ben non, pas moyen… L’adolescent boutonneux veut faire la Chose.
Alors on s’interroge entre copines. Si l’une l’a fait, qu’elle veuille bien renseigner les autres. Embrasser, on sait déjà que c’est nul. On s’attend à être irradiées de bonheur. On se retrouve barbouillées de salive du menton aux sourcils. On dirait un drap de bain gorgé de sirop qui s’essore dans la bouche. Beurk. En plus, s’il embrasse, il met les mains. Partout. Et il ne passe pas une main délicate et caressante. Que nenni. Il se découvre une vocation d’apprenti boulanger. Il pétrit, il malaxe, il remonte et aplatit tout ce qui passe à sa portée. C’est agréable comme de se faire rouler sur les galets un jour de tempête. En pire. Parce que les galets eux n’essaient pas de rentrer dans le pantalon en soufflant comme une forge viking une veille de départ à la bataille.

On s’interroge, nous les filles. Faut-il vraiment en passer par là ? Tout de suite ? Ne peut-on attendre un siècle ou deux ?
Et surtout, la question qui rend l’assemblée muette d’effroi : est-ce que ça fait mal ?!
Parce qu’on en a entendu des trucs en écoutant aux portes de la chambre des grandes sœurs ou en interviewant des copines plus délurées…. Quand le boutonneux va mettre sa matraque dans le fourreau, on va en voir de toutes les couleurs !

1/ ça fait mal
2/ on saigne comme un cochon qu’on égorge
3/ on risque de se retrouver enceinte.

Ça fait beaucoup. Tout ça pour faire plaisir au boutonneux qui menace d’aller voir sa cousine/sa voisine/sa vieille copine qui, elle, pratique la chose et en redemande même, la vilaine petite cochonne. Et si toi, pure jeune fille gloussante, tu dis non…c’est que tu es une COINCÉE ! L’insulte dont on ne se relève pas. Jamais.
Alors, on s’interroge. On hésite. On demande aux copines. C’est encore pire après avoir entendu les expériences des « autres qui l’ont fait ».

Le boutonneux, d’après la légende, va devenir tout rouge en lui enlevant sa culotte. Il va se mettre la main au paquet et le comprimer comme si son sifflet rose allait prendre son envol devant tant d’émotions. Il va parfois même prendre un air de consternation navrée et foncer aux toilettes. Il va revenir 10 minutes plus tard, récupérer des couleurs et enlever son pantalon. Il va garder chaussettes et pull-over (les chaussettes, il n’a pas le temps de les enlever, le pull-over il va le garder pour qu’on ne remarque pas qu’il n’a pas de poils sur le torse). Il va présenter Mickey à Minnie et faire deux aller-retour et demi avant de pousser un couinement étranglé et de se laisser tomber sur la donzelle. La donzelle qui attend que ça se passe. La Chose. Qui réalise que ce qui vient d’arriver là, c’est la Chose. Qui voit partir en trottant le boutonneux qui tient à la main un escargot exténué qu’il doit rafraîchir au plus vite. Elle a juste eu le temps de dire ouille et c’est fini. Tout ça pour ça. Bon. Hé ben. Autant se rhabiller et rentrer à la maison.

Que dire aux copines ? C’était trop génial ? On l’a fait toute la journée ? On va dire qu’on l’a fait. Que ça valait pas tout ce tintouin. Et puis, le boutonneux là, le soufflet de forge… on va lui dire de remballer son cure-dent. Le prochain qui voudra jouer de la cornemuse, c’est pas pour tout de suite !

SAMANTHA FOX

Mon tout premier contact avec Samantha Fox fut au travers d’une photo, une vignette dans le magazine Best, nous montrant cette blonde en très petite tenue. Elle portait une espèce de maillot de bain fait de très fines mailles noires. Elle était à poil tout en étant habillée. Quel choc! C’était la première fois que je voyais un truc pareil.
L’article, ironique, nous la présentait comme une des pin-up de la page 3 du Sun, tabloïd anglais à gros tirage, et qu’après nous avoir éclaté les yeux, elle s’apprêtait à faire de même avec nos oreilles puisqu’elle se mettait à la chanson. Je me rappelle encore de la phrase de fin : « La prochaine fois, on vous la met en 3D et on offre les mouchoirs ! » C’était en 1986 et je pensais encore qu’un mouchoir n’était là que pour essuyer ses larmes ou recueillir sa morve. Samantha allait m’apprendre une autre façon…


« Haaaan, touch me, touch me, I want to feel your body…” Durant l'été 86, quiconque tournait le bouton de sa radio tombait immanquablement sur ce refrain. Best avait raison. La blonde anglaise s’était lancée dans la chanson et avait cannibalisé les ondes avec ce titre et surtout par un clip provoquant. Rendez-vous compte : on voyait son cul ! Bon, c’était juste un bout de fesse dépassant d’un trou dans son jean. Quand on compare avec ce que l’on voit maintenant, les junkies trash façon Miley Cyrus par exemple, même la Madonna du début des années 90 fait banlieue. Alors Samantha et ses deux trous au cul, imaginez… Mais tout de même, pour l’époque, c‘était un séisme. On ne parlait que de ça. J’enviais comme un bœuf mes potes qui recevaient la chaîne TV6, qui agonisait déjà, et sur laquelle le clip tournait en boucle.


Comme des millions d’autres ados, découvrant à la même période que le petit robinet tout juste velu qu'ils avaient entre les jambes ne servait pas qu’à faire son pissou, j’achetais ce premier 45 tours. L’amorce de décolleté de la pochette suffisait à nous faire partir très vite. Il fallait nous comprendre. Tout le corps de Samantha Fox était une zone érogène et donnait envie à n’importe quel hétéro. Blonde, la peau très blanche, pas très grande et des formes un peu partout qu'elle dévoilait sans trop en montrer. J’avais 13 ans et la question des femmes commençait SERIEUSEMENT à me travailler. Samantha tombait à pic. De la théorie, je passais à la pratique. Seul...


Le second single, Do Ya Do Ya, fut également raflé quelques mois plus tard. Ce fut l’une des pires chansons de Sam, un truc braillard et vaguement heavy. Il faut dire aussi qu’elle était fan de hard et grande copine de Lemmy Kilminster. Aux USA, nous étions en pleine période « hard FM » avec des groupes de rock pour meufs, le genre Bon Jovi, Def Leppard, Motley Crue, Poison etc. Je détestais déjà le rock ricain et encore plus toute cette merde de travelos hirsutes et leur larsen de gratte, qui sera intégralement repompé à la fin des années 80 par les japonais pour donner naissance à leur « rock visuel » grotesque. Sam s’inscrivait dans ce registre, à son niveau… Une catastrophe donc. Cela n’empêchait pas que le single tourna beaucoup chez moi.

En deux 45 tours, la vague Samantha Fox déferla en France et, vu son passé de playmate, il était évident que des petits malins dans l’édition s’en empareraient pour faire quelques sous en publiant d’anciennes photos d’elle, à poil. Hélas, les magazines cochons des libraires, situés sur le présentoir tout en haut, nous étaient interdits de par notre âge. Ils étaient si proches et pourtant si loin. Heureusement, Rock & Folk nous vint en aide. Dans son numéro de novembre 1986, Philippe Manœuvre largua un moment sa masturbation sénile mensuelle sur ses idoles de jeunesse pour consacrer un article de plusieurs pages RICHEMENT illustré sur la belle. Jamais je n’oublierai ce numéro, qui fut le seul R&F acheté dans ma vie puisque je lisais leur concurrent Best. Enfin, je pouvais voir Samantha sous toutes les coutures, ou presque.
Grâce à ce magazine, mais aussi d’un Lui publié à la même période et obtenu je ne sais plus trop comment, Samantha Fox devint mon symbole sexuel ultime et la femme idéale pour le bouillonnant puceau frustré que j’étais. Tous les soirs, après le collège et le film, m'étant parfaitement assuré que mes géniteurs dormaient du lourd sommeil des laborieux, je sortais mes deux magazines interdits, bien planqués dans mes étagères, et Samantha passait un petit bout de temps avec moi, rien qu’avec moi.


Après plusieurs mois de quasi silence, histoire sans doute de nous reposer les glandes, elle revint pour l’été 1987 avec un nouveau single, Nothing’s Gonna Stop Me Now. Musicalement, Sam avait échangé son heavy de Prisunic pour de la pop de Monoprix, produite par l’immonde trio Stock-Aitken et Waterman (SAW). C’était la deuxième fois que j’entendais parler d’eux. La première fut pour Dead Or Alive. Constatant que le retour sur investissement n’était pas gras, SAW larguèrent la new wave pulsante et trouvèrent leur voix dans la ritournelle de camping en produisant à la chaîne les Kylie Minogue, Rick Astley, Jason Donovan et tant d’autres graisseux qui allaient se répandre comme une marée noire sur tous les charts européens jusqu’au début des années 90 et nous polluer les oreilles.



Samantha fit partie de la première charrette des "artistes" estampillés SAW. Mais, encore une fois, plus que la chanson, c’est le clip qui me fit le plus d’effet. Sam avait pris quelques kilos depuis 1986, sa silhouette s’était arrondie, ses seins avait doublé de taille, et voir ce petit boudin déambuler en maillot de bain une pièce à bandes noires et blanches au bord de la piscine, c’était… inoubliable ! Cette vision toute en courbes de la femme n’allait plus jamais me lâcher. C’est à ce moment que je devins accro à cette laitière blonde. J'aurais vendu mon âme pour la traire.
Le single marcha bien en France, ce qui fit que le Top 50 me délivrait régulièrement le clip. TV6 avait mouru l’année précédente alors que, ironie, je pouvais enfin la recevoir… Toesca était devenu notre pourvoyeur à tous en clips, écourtés suivant la pub et son bon plaisir, mais c’était toujours mieux que rien.


Autant j’avais fait l’impasse sur le premier album de Samantha, autant je me rattrapais sur le second que j’achetais des deux mains. Avec une belle pochette montrant, non pas son cul, mais son visage en gros plan, j’écoutais ce truc, qui démarrait avec une reprise de Satisfaction qui se voulait lascive et se révélait lassante...
Le reste de l’album se composait d'une bouillie pop-rock essentiellement produite par Full Force, un groupe de blackos ricains sans grand talent. Malgré ça, ce second album se révélera le meilleur de Samantha, bien emmené par le single I Surrender. La chanson a un certain rythme, ce n’est pas trop honteux. Je me souviens encore de l’attrait soudain de mon père en la voyant dans ce clip, avec son T-shirt blanc moulant.
- C’est pas mal ce qu’elle fait celle-là, c’est quoi son nom déjà ?
Non papa, pas toi, pas un fan des Animals

En 1988, les éditeurs français passèrent au stade supérieur avec Samantha en publiant quantité de hors-série et autres numéros spéciaux lui étant uniquement consacrés, et sans censure aucune. C’était du pain bénit pour moi. J’allais sur mes 16 ans et, avec la complicité amusée de ma libraire, que je connaissais très bien et qui n'était pas dupe, je pouvais acheter directement ces bouquins qui me faisaient de l’œil depuis déjà deux ans. De Lui à Pulsions, en passant par des minis recueils format poche au poster grandeur nature, me prouvant ainsi que Samantha était une vraie blonde, mes soirées étaient bien occupées…


Fin 88, réceptionnant mon premier ordinateur, un Atari ST, je me passais en boucle son troisième album, I Wanna Have Some Fun, que j'avais acquis peu de temps auparavant, pour accompagner mes premières nuits blanches sur mon sac à puces flambant neuf. Une face du disque se terminait à peine que je la retournais et ça repartait. Le gros casque sur les oreilles, je n'écoutais pas, j'entendais, c'est très différent. Pour moi, c'était juste un fond sonore mais on n'imagine pas à quel point cela peut marquer, même avec un album d'une aussi mauvaise qualité musicale que celui-ci. Les singles extraits, comme Love House ou I Only Wanna Be With You, le prouvèrent, bien que les clips (très cheap) montraient une Samantha plus que jolie de visage.
Presque 30 ans après, il me revient encore en tête des souvenirs de jeux et de listings tapés à son écoute.

Cela faisait bien trois ans que j'étais en couple avec Sam, et l'amour ne dure que trois ans comme dit l'autre poudré. Le divorce vint alors que je me mis à fréquenter-galocher-tripoter-féconder de vraies filles, réellement pour de vrai!... Maintenant, j'étais un grand et mon égérie blonde de papier me semblait bien fade à côté. C'était comme passer du pâté Olida au foie gras! Une page (de magazine cochon) venait de se tourner pour moi. Samantha Fox, c'était du passé et un passé honteux. Il fallait logiquement l'éradiquer. Un soir de 1991, j’eus une crise terrible et je détruisis tous ses disques, ainsi que bien d’autres dans le même genre. Certains furent pliés jusqu'à la rupture ou directement cassés à coups de pieds, d’autres passés à la flamme d’un briquet, les pochettes réduites en confettis. Je fis tout ça avec un sourire dément et une lueur mauvaise dans les yeux. Il fallait que je lave mon honneur musical (et sexuel) dans le sang.


30 ans après Touch Me, Sam n’a jamais basculé dans l’oubli. Sa réduction mammaire, puis son coming out, dans les années 2000, l'aidèrent bien à refaire surface. Ces annonces étonnantes ne me firent rien du tout contrairement à d’autres. Les commentaires de certains fans de la première heure me faisaient marrer. Ils parlaient de trahison, qu’ils ne la suivraient plus jamais etc. A croire que Sam leur devait quelque chose.
Je ne pense pas qu'elle soit gay au fond d'elle-même, elle le dit d'ailleurs qu'elle ne sait pas trop ce qu'elle est. Je la crois plutôt paumée, pas très heureuse dans la vie et très déçue par les hommes qui n'ont toujours vu en elle qu'un bout de viande, un trophée à accrocher à leur tableau de chasse. Mais c'était sa stratégie de comm' aussi.
Devenue une icône gay, plus pour son look que par ce qu'elle est, étant du moindre concert à tendance nostalgie des années 80, surtout en Allemagne et en Russie, elle continue son petit bonhomme de chemin et fait parler d'elle mais pas toujours avec de bonnes nouvelles. En 2015, nous apprenions qu'elle venait de perdre sa compagne.


Quand je la revois aujourd’hui, je me fais un peu pitié. Musicalement parlant, Samantha Fox, c’est zéro. Mais ça, je le savais déjà. Sa voix est pénible et les SAW et autres seconds couteaux avec lesquels elle a travaillé n'ont jamais su lui donner un seul titre potable. Je rêvais de la voir produite par les Pet Shop Boys en 87/88. Il n'y a qu'à voir ce qu’ils ont fait avec l’anorexique aphone Patsy Kensit, et qui a autant de talent que Sam dans la chanson.
Quant à son physique, je me demande bien ce que j'ai pu lui trouver. Je ne renie rien. Vu le passif que j’ai eu dessus, ses anciennes photos de pin-up me feront toujours quelque chose évidemment mais j'ai vécu depuis et je la vois d'un autre oeil. Objectivement parlant, elle n'a aucune grâce ni élégance. Il faut la voir bouger en concert, c'est très lourd. Quant à sa poitrine, c'est des oeufs au plat pour moi désormais. La seule chose qu'elle avait pour elle, c'était cette photogénie. Il émanait d'elle une lumière très sensuelle sur pas mal de clichés, nue ou pas d'ailleurs.


Quand je l'aperçois en duo avec Sabrina (un duo qui a 30 ans de retard d'ailleurs), je me dis que sa rivale italienne a bien mieux vieilli, devenant une superbe MILF. Samantha, elle, qui clame partout qu'elle n'a jamais fait de chirurgie esthétique, ce qui est peut-être vrai mais on en reparlera quand elle aura 55/60 ans, je ne la reconnais pas. Elle a de tattoos, elle fait du sport qui l'assèche. Elle a changé. Le temps qui a passé n'y est pour rien. C'est autre chose. Pour moi, la vraie Sam, c'est le petit boudin de Nothing's Gonna Stop Me Now. Celle que je vois désormais, c'est quelqu'un d'autre à la limite de l'inconnu.

Avec elle, de 86 à 88, j'étais comme ces acnéiques actuellement fans de Katy Perry: j’achetais, non pas de la musique, mais juste une pochette de disque. L'adolescence, ça craint !